Le naufrage du Titanic n'est pas un texte
théâtral: son auteur en parle comme d'un poème.
Si l'écriture est totalement poétique, le
propos est plutôt politique et philosophique, essentiellement
à travers un fait divers qui a marqué le XXème
siècle : le naufrage d'un paquebot réputé
insubmersible. La métaphore est évidente et,
de Berlin à Cuba, Enzensberger nous conte d'autres
naufrages, d'autres désillusions. Et pour mieux nous
rappeler que son regard est celui d'un poète, il
endosse l'habit du peintre, École Ombrienne, École
Néerlandaise... comme s'il n'y avait pas de réflexion
possible sur le monde sans réflexion sur l'Art.
Le premier travail a été, puisque ce poème
allait prendre une forme scénique, de tenter de dégager
des "voix", elles-mêmes représentantes
de différents univers. Cela parut au début
très simple: l'œuvre est divisée en chants
et l'on pouvait ainsi attribuer chaque chant à une
voix et à un espace. Mais peu à peu, tout
se dérègle, les événements se
mêlent, des voix inconnues apparaissent, qui, avec
le recul de l'observateur, mettent en perspective tout discours
ou tout événement. Les passagers du Titanic
se retrouvent dans la chambre de l'auteur, le prennent à
parti, les certitudes initiales du poème ne sont
pas plus crédibles que les certitudes de l'ingénieur
ou du capitaine. Les personnages s'estompent peu à
peu pour laisser la place aux comédiens.
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